Sophie Hovasse, journaliste d’entreprise, consultante éditorialiste et écrivain.

Sophie Hovasse, journaliste d’entreprise, consultante éditorialiste et écrivain.

« Dans une enquête IPSOS, citée par le Dr François Baumann dans son dernier livre [1] sur le brown-out, ou littéralement perte de courant, on lit que 54% des travailleurs sont démotivés et désengagés par leur travail : cette massive désillusion induit “un phénomène durable et destructeur pour la société tout entière.” Encore un autre syndrome de la souffrance au travail mis à jour ? Le brown-out serait plutôt la première étape de l’engrenage néfaste qui mène au burn-out. Et sa recette est à la portée de tous : 1/ Ignorer ses propres besoins; 2/ Ignorer les qualités de son travail; 3/ Ne pas pouvoir s’engager de façon entière; 4/ Trop investir dans une seule direction d’activité; 5/ Oublier que le sens est relatif à sa propre expérience et à ses propres désirs; 6/ Ne pas avoir les compétences nécessaires pour réaliser son travail; 7/ Méconnaître ses propres motivations; 8/ Atteindre un épuisement total par la perte de sens.
Cette perte de sens, la sophro-analyste Hélène Kim la rencontre souvent dans sa pratique. Elle-même l’a éprouvée deux fois au cours de sa vie professionnelle : après deux cycles de neuf ans chacun, aux relations internationales puis à la finance d’une prestigieuse école d’ingénieurs, elle vient de s’engager dans un nouveau cycle de thérapeute où elle veut accompagner les porteurs de projet ou les incubateurs par d’autres méthodes que le coaching classique [3]. Ce jour-là, lors de la séance découverte de sa méthode et de son relationnel, Hélène me propose un exercice : visualiser, en fermant les yeux, l’obstacle qui m’empêcherait de concrétiser mon projet en cours. Ce blocage peut être une image, un personnage, un parfum, ou tout autre ressenti (comme la solitude appréhendée d’un futur métier en indépendant ou bien la culpabilité par rapport à un travail prenant) qui m’empêcherait de progresser. Comme un élastique qui me tirerait en arrière quand j’avancerais. Les yeux fermés, j’imagine un échantillon de marée noire entravant mes mains. Impossible d’écrire dans ces conditions. Je ferme les poings, fronce les sourcils et me prépare à nettoyer ce sale truc au Kärcher de ma pensée. C’est alors que j’entends la consigne suivante complètement inattendue :
Reconnais cet élément limitant, remercie-le de s’être présenté et fais-en ton ami !
Hélène a une grande confiance, plus que moi peut-être, dans la voix intérieure qui me connaît le mieux au monde. Alors, j’observe ce quelque chose que je visualise quelque peu comme un micro Amoco Cadiz (quarante ans déjà depuis cette catastrophe écologique) et me répète intérieurement : ” Je sais que tu existes, je peux désormais t’identifier.” Et ensuite? ” Ensuite, demande à cet élément de quoi il aurait besoin pour se transformer. Il a un message pour toi ou bien il y a un apprentissage à tirer de cette situation : prends-le en compte… “, suggère Hélène qui s’est mise à jouer de son tambour arrondi. Les sons métalliques de l’handpan, curieuse double coque d’acier de percussion mélodique, m’apaisent. Je quitte peu à peu ma posture défensive. Après quelques minutes, l’élément sombre et gluant devient transparent, se liquéfie et laisse sur mes mains un toucher soyeux. Quelques semaines après cette séance, je m’inscris à une formation d’écriture interactive sur smartphone qui m’ouvre la porte d’un projet inattendu. A suivre… »